Les carnets de Tournoi de Morgane Bourgeois (1re partie)
Réunification et retrouvailles
Après un match décalé avec Bordeaux, les 7 girondines que nous sommes avons rejoint l’INSEP (l’Institut national du sport, de l’expertise et de la performance) dès le dimanche 9 mars au soir avant d’être rejoint par le reste du groupe le lendemain. Les joueuses arrivent au compte goutte, récupèrent leurs chambres avant de se réunir pour la réunion d’ouverture.
Cette première réunion plante le décor, fixe les objectifs et lance le tournoi. Les premiers regards complices, les sourires et la joie de se retrouver marquent ces retrouvailles.
Une semaine placée sous le signe de la défense
Rapidement, nous reprenons le rythme de l’entraînement et retrouvons des connexions sur et en dehors du terrain. L’accent est mis sur le travail défensif. Plaquages quotidiens, retour à notre ADN, et surtout, retrouver le goût de défendre fort. Les entraînements sont intenses, avec beaucoup de sérieux et d’application. L’objectif est clair : avoir une défense très solide, point primordial pour construire un match, une compétition et surtout préparer la rencontre face aux Irlandaises.
L’INSEP, avec ses installations très dispersées ne facilite pas la création de vrais moments d’équipe. Les chambres, la salle de vie et les terrains sont éloignés et nécessitent une organisation très précise. Malgré cela, le groupe reste soudé, s’entraîne avec rigueur. Évoluer dans un environnement comme l’INSEP est très inspirant. À la cantine, on croise des figures emblématiques du sport comme Joan-Benjamin Gaba, qui nous a fait vibrer pendant les Jeux, ou encore Benoit Saint Denis. Dans ces moments-là, nous nous retrouvons avant tout dans la peau de supportrices, admiratives face à ces
figures emblématiques du sport. Les croiser, observer leur comportement et leur professionnalisme… c’est à la fois impressionnant et inspirant.
Vendredi : départ pour Marcoussis
Le vendredi, après 5 jours de travail appliqué, nous quittons l’INSEP pour Marcoussis. Les garçons ont libéré les chambres, c’est à notre tour de s’installer au Centre du rugby. Nous reprenons nos habitudes; chacune retrouve sa chambre, côté lac ou cantine, les parties de ping-pong font leur grand retour… C’est comme un deuxième chez-nous. Je m’installe en 27 avec Elisa (Riffoneau), ma coloc de chambre depuis 3 ans maintenant. Lit du fond, son côté rangé, pas le mien, notre chambre prend forme et ressemble étroitement aux années précédentes.
Samedi : les frissons au Stade de France
Après une après-midi de repos, direction le Stade de France pour soutenir l’équipe masculine face à l’Écosse. L’ambiance est électrique, elle donne des frissons. Voir cette ferveur nous inspire. Comment ne pas rêver de vivre la même chose que nos homologues. Dans un coin de nos têtes trotte l’idée de gagner nous aussi, et de réaliser un triplé historique. Mais il s’agit de notre parcours, notre propre histoire à écrire. Le tournoi est long, les équipes progressent et nous sommes bien conscientes de la domination anglaise depuis quelques années.
Début de la semaine de match
Place à une nouvelle semaine de travail. Tout est calculé : chaque course, chaque repas, chaque collation, chaque répétition en muscul. Tout le monde est mobilisé, aux petits soins pour nous mettre dans les meilleures conditions pour performer. La différence avec le club est flagrante. Nous sommes habituées à des entraînements en soirée, avec des kinés présents une à deux fois par semaine alors quand on arrive en stage, nous profitons du luxe de personnel et de qualité d’entraînement. Tous les petits détails prennent toute leur importance.
Le soir, la composition de l’équipe est annoncée. Un moment toujours chargé en émotions : il y a des heureuses et des déçues, mais c’est une étape essentielle dans la construction de notre collectif. Après près d’un an d’absence, je vois mon nom s’afficher à l’arrière de cette équipe. Un peu déconnectée, il me tarde d’appeler mes parents pour leur annoncer la nouvelle.
Fin de l’annonce, on échange les premiers regards, les premiers sourires et on lit sur le visage de certaines la déception. Agathe (Sochat) croise mon regard et d’un air taquin me glisse « Pleure pas » en me tapant sur l’épaule. Je ne pleure pas. Mais l’émotion est bel et bien présente.
J’ai connu et occupé à de nombreuses reprises une autre place, celle qu’on appelle « Helpers ». C’est de loin le rôle le plus ingrat et le plus dur à tenir : mais aussi l’un des plus importants pour aider l’équipe.
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Alors, plus d’un an de demi après ma dernière titularisation, quelle fierté de voir que tout mon travail a porté ses fruits et de reporter la tunique bleue. Après le Tournoi des 6 Nations 2024 et ma non-sélection au WXV suivant, je me suis fait la promesse de travailler fort pour revenir, je m’en suis donnée les moyens et m’y voilà.
Le lendemain, tout s’accélère. Chacune connaît son rôle, et l’objectif est clair : tout donner pour l’équipe et apporter sa pierre à l’édifice.
L’heure approche
La remise des maillots marque toujours un moment fort de la semaine. Pour l’occasion, Jérome Daret est venu nous partager sa folle expérience avec France 7 jusqu’au sacre olympique. Un récit humble et poignant qui a capté l’attention de toutes. L’admiration se lit sur les visages. Recevoir son maillot après un témoignage aussi inspirant ne fait que décupler la fierté et renforce l’envie de tout donner pour le coq.
Les choses deviennent de plus en plus concrètes. Certaines restent à Marcoussis pour continuer à travailler dur. Pendant que nous représenterons fièrement l’équipe de France sur le terrain, celles qui nous ont tant aidé toute la semaine transpireront pour compenser la charge de match qu’elles ne vivront pas.
Sur le trajet, la fille d’Agathe nous rejoint : la petite Nina. Difficile à expliquer, mais sa présence change tout. Il y a quelque chose d’apaisant, une légèreté qui s’installe naturellement. Ses rires, son énergie et son insouciance apportent une gaieté précieuse dans un groupe en pleine préparation. Dans un environnement où la concentration et la rigueur sont omniprésentes, ces petits moments de douceur nous rappellent l’essentiel : le plaisir de partager, d’être ensemble, et de vivre pleinement chaque instant.
Une fois arrivée en Irlande, place au Captain’s Run. On découvre le stade, les vestiaires, on s’imprègne de l’atmosphère. Sur la plan rugby, il y a un peu de déchet; l’excitation sûrement… En tant que buteuse, ce moment est important pour moi. Je prends mes marques, je visualise dans le stade mes potentielles cibles, j’appréhende le vent, je frappe le ballon à plusieurs reprises pour ancrer encore et encore mon mouvement.
Arrivée en Irlande : Captain’s Run
On découvre le stade, les vestiaires, on s’imprègne de l’atmosphère. Il y a un peu de déchet sur le terrain, sûrement l’excitation… En tant que buteuse, ce moment est important. Je repère mes cibles, j’appréhende le vent, je répète mon geste, encore et encore.
Jour de match : France – Irlande
Nous sommes prêtes. Avec un coup d’envoi à 13h, le réveil est matinal. À 9h, on se retrouve à table, face à nos plats de pâtes, de riz et de poulet. Ce n’est pas vraiment ce que l’on aime manger à cette heure là. Le repas d’avant match n’est jamais fameux et il s’agit d’un moment redouté par beaucoup.
Dernière bouchée, je redescends dans ma chambre, je prends une douche. Aliocha Schneider, Nino Ferrer, Coeur de Pirate, Bruno Mars, la playlist en fond nous met de bonne humeur. J’enfile mon costume, je vérifie une dernière fois ma valise puis nous partons en direction du stade.
Notre arrivée au stade est discrète. Rapidement, tout s’enchaîne. Je m’installe, entre Marine (Ménager) et Manon (Bigot), j’enfile mon short, je découpe mes chaussettes, puis je me rends rapidement sur le terrain. Avec Carla (Arbez), nous échangeons quelques jeux au pied avant de prendre mon tee pour ancrer mon geste encore une fois. L’échauffement collectif est propre, appliqué et démontre toute notre détermination.
Le match débute. Vous connaissez le scénario. Une première mi-temps maîtrisée. Dans le vestiaire, le mot est clair, scorer dès le début de seconde période, ressortir de chez elles avec des points. Ce n’est pas le scénario qui va pourtant se produire. Le retour de vestiaire est rude, les irlandaises pleines d’intention, et un carton qui va nous faire souffrir.
On fait le dos rond, on encaisse ce temps faible mais en restant sereines et concentrées sur l’objectif final. L’apport du banc nous est cher, qu’il fait du bien. Après 30 minutes de domination irlandaise, la première cartouche dans leur 40 est l’occasion pour moi de faire souffler l’équipe et récompenser un groupe qui a dépensé une énergie folle en défense.
Quelques minutes plus tard, Emilie vient inscrire l’essai de la libération qui redonne le sourire à toute l’équipe et témoigne de la force de caractère de ce groupe.
Fin du match : le contrat est rempli. Quel soulagement de remporter cette rencontre après un scénario compliqué. Pauline (Bourdon-Sansus) le dit : « Ce match, au WXV, on l’aurait perdu ». La preuve que le groupe a de nouvelles intentions, une réelle volonté de rebondir et l’envie de montrer un tout autre visage.
Les quelques familles et supporters ayant fait le déplacement sont là, avec le sourire et nos couleurs fièrement portées. Je rejoins mon père, qui a parcouru un long chemin pour venir me soutenir, avec qui j’échange sur mon match, je débriefe, je questionne. Quelques interviews et une douche plus tard, nous nous rendons à la traditionnelle réception d’après
match, avant de retourner à l’hôtel. Le départ est prévu le lendemain matin.
La journée est rythmée par le voyage, les soins, la récupération, l’analyse vidéo. On échange sur notre performance, nos ressentis, nos axes de progression… entre nous et avec les coachs. Malgré une belle partie défensive, nous n’avons eu que peu d’opportunités offensives et cela vient justifier les petites frustrations de certaines. Finalement, la journée est assez chargée, on ne la voit pas passer. Le lundi arrive et marquera le début d’une nouvelle semaine de préparation.
Troisième semaine ensemble, deuxième match, la compétition est pleinement lancée.
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